Mon kif pour les microservices

Je m’intéresse aux microservices depuis un bout de temps. Comme pour beaucoup de sujets de fond, je suis à maturation lente : j’engrange les concepts, je lis les retours d’expérience, je pèse les avantages et les inconvénients. Quand on a commencé à parler d’architecture microservices, l’engouement était tel qu’on confrontait souvent l’architecture orientés services (SOA) et on présentait les microservices comme la réponse adéquate pour tout type d’application. Aujourd’hui, les esprits sont plus calmes, l’opinion commune décrit l’architecture à base de microservices comme une version plus granulaire que le SOA, qui suit les mêmes principes (séparation des responsabilités, interface de communication formalisée entre les composants) afin d’atteindre les mêmes objectifs : maintenabilite du code, indépendance entre le code et le déploiement (localisation, redondance).

J’espère ne pas m’attirer des foudres avec les deux paragraphes suivants.

La SOA est surtout mise en oeuvre dans le SI (système d’information) de l’entreprise, avec des services s’exécutant sur des serveur d’applications (bienvenue dans le monde de la JVM). La terminologie est précise (service métier, service d’intégration, annuaire de services), des protocoles sont préconisés et la mise en oeuvre est balisée (urbanisme, lotissement). La SOA est mature et normalisée, elle a été pensée par des architectes logiciels comme un ensemble de bonnes pratiques pour concevoir des applications non monolithiques et évolutives.

A l’opposé, les microservices sont nés sur le front nuageux, dans un environnement plus dynamique (ajout à chaud d’instances de services pour supporter la charge), très hétérogène (mix de plusieurs langages de programmation) avec des contraintes fortes sur les temps de réponse (cas des sites de réservation ou d’achat, réseau social). Nés un peu à l’arrache, c’est en grandissant qu’on conceptualise progressivement leurs modèles de conception : http://microservices.io. Les microservices remettent en question les façons de tester, déboguer, déployer, surveiller car une application est constituée de très nombreux microservices, certains étant prévus pour être répliqués afin d’absorber des pics de charges ; il ne partagent souvent aucun socle commun (pas de serveur d’application) et ils sont distribués sur des serveurs, des machines virtuelles ou des containers Docker…

“Marrant ton truc, ça rappelle un peu la cathédrale et le bazar non ?”

  • C’est pas faux ! D’ailleurs j’ai toujours eu un goût prononcé pour le bazar, à ne pas confondre avec le chaos. Et ce bazar fonctionne ; des grosses sociétés ont misé dessus : Facebook, Amazon, Netflix, Twitter…

Pour un développeur / architecte… Java EE (au hasard), s’intéresser aux microservices c’est un peu comme être exfiltré du rayon condiments de Carrefour et parachuté dans le marché aux épices d’Istanbul : un étiquetage moins formel, pas de conditionnement normalisé mais beaucoup de couleurs et de senteurs.

Marché aux épices

Il n’est pas évident de s’y retrouver, aisé de faire des choix inappropriés mais c’est plutôt excitant. Concrètement, on va utiliser le langage de programmation le plus approprié pour chaque tâche (du Node.js, du Python, du Golang ou autre), communiquer avec un modèle adapté au besoin (du RPC, de la communication par message), choisir des protocoles adaptés à la taille des informations échangés et aux contraintes (LAN, WAN, réseaux mobiles), fournir une persistence locale à chaque microservice (quitte à redonder de l’information) et surtout gérer finement le mode déconnecté (pas d’accès réseau, inaccessibilité d’un service distant), autant que possible rendre un service dégradé en cas de perturbation (faire mieux qu’une erreur 404 Not Found).

Ce projet GitHub recense les briques existantes pour construire des microservices : https://github.com/mfornos/awesome- microservices. Mon goût prononcé pour Python m’a amené à jouer avec Nameko, puis à développer un mini- framework qui permet de communiquer par message et RPC à travers une base mémoire Redis. Ca n’ira jamais en production mais c’était amusant à faire. Je me suis intéressé au bus de message ultra-rapide NSQ écrit en Golang, et dernièrement, je revois mon projet de service d’e-mail SRMail dans une optique microservices.

Bref c’est un terrain de jeu illimité en connexion avec les révolutions amenées par le développement dans les nuages, les objets connectés et le DevOps : des domaines encore jeunes mais prometteurs qui réveillent les papilles neurones :-)

Amaury - 2018-02-27 12:49:29

Je suis assez d’accord avec ce que tu as écrit.

Toutefois, il ne faut pas sous-estimer les coûts associés au découplage d’une application en plusieurs microservices qui communiquent les uns avec les autres. Comparé à du monolithique, un code éclaté en plusieurs morceau sera plus difficile à maintenir, et surtout beaucoup plus difficile à tester et déboguer.

Du point de vue des performances, ça dépend de beaucoup de facteurs. Pour schématiser à l’extrême, une architecture monolithique sera plus performante dans la plupart des cas (il est plus simple d’écrire directement dans la BDD que de contacter l’API d’un microservice qui fera cette écriture ; il est plus efficace de faire une requête avec plusieurs jointures que de contacter plusieurs API et d’agréger ensuite les données). Mais sur un site à très fort trafic, les microservices seront plus facile à faire scaler. Le truc, c’est qu’on peut monter très haut avant d’en arriver là. Et tout le monde sait ce que valent les optimisations prématurées… ;)

Du coup, la bonne approche − à mes yeux − est de penser son code avec un “esprit asynchrone”, et en l’organisant de manière à abstraire les accès aux données. Ainsi, le jour où on veut découper le code pour le répartir en plusieurs microservices, la majorité du code applicatif peut rester tel quel, seuls les objets sous-jacents doivent être adaptés (ce qui peut quand même représenter un travail important).

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